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Cambodge

Phare Ponleu Selpak

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Une communauté de jeunes artistes pour l’identité culturelle du Cambodge

Cambodge, juillet 2010

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Impressions

Lorsqu’on pénètre dans le village aménagé par Phare Ponleu Selpak à Battambang, au Cambodge, on est tout de suite saisi par la quantité d’enfants et de jeunes qui y circulent, en groupes pour la plupart, tantôt en tenue de cirque, tantôt en uniforme d’écoliers. Dans cette communauté, les rapports entre les gens sont amicaux, voire fraternels : on surprend souvent des enfants qui se tiennent la main ou de jeunes acrobates qui se donnent des conseils.

Au devant de leurs passés difficiles, les plus jeunes talonnent les plus vieux sur le chemin du succès. Par succès, il faut entendre accomplissement de sa vocation. Les écoles d’art de Phare apportent des formations aux métiers de la culture, mais l’objectif est d’aider les jeunes à faire ce qu’ils souhaitent faire, avec l’ouverture comme maître mot. Ici on s’écoute soi-même, on écoute les autres, et on travaille pour la prochaine représentation ou la prochaine tournée.

Enjeux
Au Cambodge, les pratiques artistiques et culturelles ont cessé d’exister lorsque le régime Khmer Rouge, entre 1975 et 1979, afin d’éliminer les élites pour mieux gouverner, tua ou causa l’exil de tous les artistes et hommes de culture du pays. Aujourd’hui le secteur artistique peine à devenir un secteur économique à part entière, et à offrir aux cambodgiens des œuvres de qualité. Le manque de professionnels, dû à la défaillance notable du système éducatif pour les métiers de la culture, représente un obstacle tant pour les arts traditionnels que pour la création contemporaine.
Parallèlement, les problèmes éducatifs et sociaux sont nombreux au Cambodge, notamment lorsqu’il s’agit des enfants. Souvent très visibles puisqu’ils sont concentrés dans les principaux centres d’activités économiques et touristiques du pays, les enfants vivant ou travaillant dans la rue sont entre 10 000 et 20 000. Ils doivent faire face aux difficultés de la vie citadine et à des conditions précaires.
Les enfants des rues, particulièrement ceux qui ne sont pas scolarisés, sont exposés à divers dangers : drogue, alcool, exploitation, violences physiques ou embrigadement dans des trafics d’enfants nationaux et internationaux. Le trafic d’enfants et la prostitution infantile sont des problèmes préoccupants au Cambodge. Les Nations Unies estiment à 200 000 par an le nombre de personnes victimes du trafic d’êtres humains en Asie du Sud-Est. Ils sont exploités pour mendier, travailler ou se prostituer.
C’est pour lutter d’une part pour la protection et l’éducation des enfants, d’autre part pour redynamiser la culture du Cambodge, que Phare Ponleu Selpak a créé son centre communautaire multidisciplinaire.

Les solutions apportées : objectifs, activités
Phare Ponleu Selpak, soit « la lumière de l’art » en langue khmère, est une ONG située à Battambang. Elle œuvre pour le développement socio-culturel d’enfants défavorisés, par l’éducation et la pratique artistique. L’idée est née en 1986 lorsque les fondateurs, neuf cambodgiens ayant fui le régime Khmer Rouge, se rencontrent lors de cours de dessin dans un camp de réfugiés en Thaïlande. Appelés à rentrer au Cambodge après les accords de Paris, ils créent Phare Ponleu Selpak dans un village défavorisé aux environs de Battambang, la deuxième ville du pays, afin d’accueillir les jeunes en difficulté. A l’origine c’était un espace où les enfants étaient invités à venir dessiner pour s’exprimer à travers l’art et surmonter leurs traumatismes. Le projet a pris une toute autre ampleur avec le développement de sa communauté et de ses structures éducatives autonomes.
Centralisant son action autour de la pratique artistique déclinée sous ses multiples formes et applications, Phare Ponleu Selpak entend d’une part, répondre aux besoins psycho-sociaux des enfants et, d’autre part, favoriser la réappropriation par les populations et la renaissance de la culture au Cambodge.

Au niveau purement social, une trentaine d’enfants bénéficient chaque année des repas, du logement, des soins et de l’éducation primaire apportés gratuitement à la Maison des Enfants, le centre de protection et de prise en charge des plus jeunes et des plus vulnérables. Plus de quarante autres enfants sont recueillis par les communautés aux alentours. Ces enfants étaient en général abandonnés, orphelins, malades, en situation de pauvreté ou victimes de trafics humains. Ils ont également accès au Centre d’Animation, qui pratique tous les jours des activités ludiques et pédagogiques avec 150 enfants en bas âge.

Au niveau éducatif, Phare héberge une école publique et aide à la rémunération de ses professeurs, afin d’assurer une éducation primaire et secondaire de qualité pour les 1250 élèves qui s’y rendent chaque jour.
La bibliothèque et le centre d’animation sont ouverts pour tous. Enfin, des campagnes de sensibilisation sont mises en places par les élèves eux-mêmes pour éduquer les habitants de zones sensibles à des sujets de santé ou de société, par le théâtre et les arts.
C’est au niveau artistique, thème transversal de l’association, que Phare innove le plus, poursuivant son objectif culturel tout en considérant l’épanouissement de l’enfant dans sa globalité. Des écoles d’art, fréquentées gratuitement par 450 jeunes, proposent des activités et des formations pour tout âge, y compris à un niveau professionnel, en cirque, théâtre, danse, musique, arts plastiques, graphisme, édition et réalisation de films d’animation.

Schéma de croissance d’un enfant et enjeux liés

Modèle de fonctionnement, facteurs de succès
Phare Ponleu Selpak est une association à but non lucratif qui historiquement dépend de dons et de partenariats. Cependant elle appuie aussi son succès sur une logique de professionnalisation des jeunes qui s’est imposée d’elle-même avec le développement des activités, et la qualité des productions issues des écoles d’arts. Depuis 2003, l’école de cirque s’autofinance à 100%, et les revenus générés par les activités représentent entre 30% et 60% des coûts totaux depuis plusieurs années. Les travaux des élèves, dans le cadre de la validation de leurs cursus, sont commercialisés à travers des expositions, des contrats de réalisation ou des tournées internationales. En plus de l’expérience professionnelle qu’ils recoivent, ils touchent personnellement 40% des recettes générées, Phare réservant 40% pour contribuer au financement de l’école d’art concernée, et 20% au financement de la Maison des Enfants pour la protection de l’enfance. Dans le cas d’un jeune diplômé ayant terminé sa formation, participer à une production de Phare apporte 80% des recettes à l’artiste, 10% à l’école d’art et 10% à la protection de l’enfance. Ce modèle incite les parties prenantes, élèves, professeurs, et directeurs artistiques, à contrôler la qualité des œuvres et des spectacles, testée régulièrement sur place, sous l’œil attentif des touristes, des professionnels et surtout des familles.
Schéma de distribution des bénéfices
Cas d’un artiste étudiant Cas d’un artiste diplômé

L’école de cirque, activité prépondérante chez Phare, est totalement autonome financièrement depuis 2003 et finance en grande partie l’action sociale. Des tournées de plusieurs mois ont été réalisées en France, en Espagne, en Algérie et dans des grandes villes asiatiques.

Les musiciens de l’école de musique accompagnent les spectacles et jouent des concerts en tournées internationales. Un groupe a enregistré dans un studio à Berlin, et la qualité des morceaux incite Phare à prévoir, dans un avenir proche, son propre studio avec un système de vente des morceaux sur internet.
L’école des arts visuels, qui comprend le dessin, la peinture, le studio d’animation et le studio de graphisme, est en train de devenir bénéficiaire.
Les peintures sont régulièrement exposées à Phnom Penh, et les artistes commencent à y trouver une reconnaissance. Phare tient aujourd’hui la cote de ses meilleurs artistes, afin de définir la valeur des peintures sur un marché de l’art cambodgien non formalisé. Les commandes de vidéos d’animation augmentent, notamment pour des clips publicitaires ou de sensibilisation pour des ONG, comme par exemple 1001 Fontaines (association soutenue par Danone Communities), qui a par ailleurs installé une pompe dans le village de Phare pour fournir en eau la communauté. Enfin, le studio de graphisme, Sonleuk Thmey, signe aussi des contrats professionnels ; il a réalisé notamment tout le graphisme du Centre Culturel Français de Phnom Penh.

Conclusion
La dimension entrepreneuriale et l’ouverture aux tendances et moyens modernes font de Phare un centre culturel d’importance au Cambodge : le Ministère de la Culture et des Beaux-Arts du Cambodge a nommé Phare Ponleu Selpak « pôle culturel de l’Ouest du Cambodge ».
Au delà du modèle de fonctionnement, le succès des artistes de Phare tient largement du rôle positif que joue la communauté sur l’épanouissement individuel. L’esprit des fondateurs a toujours été porté sur l’entraide et l’ouverture. Au moment de la création de l’association, 80% des enfants du village où Phare est installé étaient descolarisés. Aujourd’hui ils ne sont que 20%. Phare apporte aux jeunes l’écoute dont ils ont besoin, si bien qu’en se développant professionnellement et personnellement, ils s’expriment et s’orientent vers leur vocation, qu’elle soit artistique ou non. Pour faire un artiste accompli, il faut 5 à 10 ans. Indépendamment de leur talent, les élèves travaillent parce qu’ils le veulent. C’est donc une logique de long terme, doublé d’un rapport humain fort au sein de la communauté, qui rapportent à Phare ce que Phare apporte à son entourage.